Chagrin de vie
Chaque fois plus
Chaque fois moins
Quel chagrin nous déchire
Il ne reste plus qu’à jeter l’ancre
Dans les yeux vifs de ceux qu’on aime ou
Réclamer au néant de nous rendre ce qui n’est plus,
Ce qui n’est enfin plus qu’amour, désir, image.
Corps, impuissant bras tendus, tu regardes
S’effacer ta source, se défaire ta bogue, disparaître ton bourgeon
Adieu, nous échangions nos émois, aujourd’hui seuls les miens subsistent
Et m’embarrassent, tant
Je me sens punie, tant
Je me sens flétrie de ma perte, tant
Je suis dépossédée
Adieu, je ne suis qu’une eau troublée, agitée par des flux externes
Comme toi je me figerai et serai miroir discret pour les curieux
Mon cœur glisse et se vautre, s’étale, perd l’équilibre cent fois
Sans prise s’étiole et meurt à petit feu
Se prépare ainsi à sa future, silencieuse et profonde
Indifférence.
Quelle joie vos yeux pétillants
Vos caprices délicieux
Vous, enfants, enfin !
Aime ton prochain comme toi-même
Un commandement? Un conseil ? Un impératif ? Un idéal ? Non, la simple réalité. Comme nous nous aimons, nous aimons notre prochain. Comme nous avons appris à nous aimer, nous aimons notre prochain et lui apprenons à s’aimer et à aimer les autres.
Celui qui se trouve lamentable aimera lamentablement, celle qui se trouve dangereuse aimera dangereusement, celui qui se trouve sali salira…
Heureusement, nous continuons d’apprendre à nous aimer nous-mêmes tout au long de notre vie, à nous aimer mieux, et à chaque nouveau pas, c’est notre prochain que nous aimons mieux.
Nous ne pouvons faire autrement que d’aimer notre prochain comme nous-mêmes, c’est le destin.
Celui qui a mal de mal s’aimer est le plus heureux, car il peut choisir de guérir. Celui qui ne peut faire autrement que de s’expliquer sa douleur par des causes qui lui sont extérieures est le plus malheureux. Difficile de lui demander d’aimer son prochain mieux qu’il ne le fait déjà, mieux qu’il ne s’aime lui-même : celui-ci se croit totalement impuissant, incapable de faire le mal donc incapable de choisir le bien, son âme d’homme est prisonnière d’un corps-chose, sans dynamisme, sans force, dépossédée de sa créativité. Et si par miracle sa cruauté un matin lui apparaît, la douleur sera trop brutale et le saisira, le pétrifiant dans un tourment insurmontable.
Morale de l’histoire : il faut apprendre aux enfants à s’aimer eux-mêmes.
Du belliqueux
Les besoins d’être insulté du belliqueux sont si impérieux qu’en plus d’occuper un tiers de son temps mental à l’auto-agression explicite ou implicite, ils envahissent la presque totalité de son temps interactionnel en provoquant chez autrui l’envie de se défendre, voir de se défaire de lui. Ainsi, dans les heures où son regard relationnel fuyant et perverti de son but proprement interactionnel, il nourrit un inavouable espoir de recueillir quelques renforts imprévus propres à grossir les rangs de son armée vengeresse et par là d’amplifier la puissance de la violence qu’il a décidé de se faire à lui-même.
Celui ou celle qui s’y laisse prendre, en plus de perdre un temps précieux se voit détourné de ses pensées propres, comme ravi à lui-même et immobilisé dans ses projets constructifs et vitaux. Il se met dès lors au service du coquin qui utilise le terrain relationnel dans un but d’autodestruction et dans l’univers de ce malheureux, contre le peu de ressources positives qui tentent de réinjecter transitoirement de l’idéal dans le passé en attendant que se joue le deuxième service, que s’annonce la « deuxième chance ».
Cet interlocuteur-rapteur fait du rêve et de la fantasmagorie les deux béquilles d’une réalité vécue et ressentie comme une fatalité claudiquante, et n’en saisit pas la fonction expéri-mentale, créatrice de l’existence, génératrice de présent satisfaisant. Il en résulte chez ces personnes une réduction de la dynamique relationnelle à trois sous-types préformatés de comportements : l’admiration, l’opposition ou le mépris et parfois, les trois en même temps. D’autre part toute forme d’internalité est exclue du mode de pensée au profit de l’axe chance-malchance qui place le sujet en victime aléatoire « du monde » social qu’il juge mauvais et auquel donc il attribue de manière paradoxale une forte agentivité subjective. Il se pense comme objet parmi les sujets.
Aussi face à ce genre de personne l’intelligence réside-t-elle :
Au niveau perceptif : dans le fait de s’apercevoir de la tactique morbide. (Le point d’ancrage de la tactique se trouvant logiquement dans les failles narcissiques de tout-un-chacun)
Au niveau mental : dans la potentialisation de l’énergie pulsionnelle ainsi générée à des fins réparatrice.
Au niveau comportemental : dans l’évitement des attitudes de mépris, d’opposition et d’admiration (qui n’est que le lit des deux autres).
Le tout dans le but de n’apporter au moulin de la haine qu’une absence de force capable sinon de la tempérer du moins de lui faire choisir un autre mode d’alimentation.
Introspection
Se regarder soi-même mais surtout écouter, laisser des espaces et du temps inédits entre les mots et les gestes et regarder ce qui enfin peut être possible quand l’acharnement à faire et à être se met en suspens. Changer de rythmique. Depuis quelques années que je tente ce travail « pour voir », parce qu’il faut bien mourir de quelque chose, je commence à comprendre ce qui nous pousse à opposer autant de résistance au changement des habitudes profondes dans nos manières d’être et surtout de penser. Introspecter c’est réviser sa copie dans ses fondements mêmes, c’est questionner la logique dans sa constitution originaire, dans son principe. Qu’advient-il alors ? La mémoire de nos actions devient un sous-ensemble d’une mémoire plus vaste, réactualisée, et nous apparaissons à nos propres yeux comme des monstres, dénués d’intelligence, de bonté, d’envergure. Nous nous voyons débordés et limités, commettant erreur après erreur, injustice après injustice et l’estime de nous-mêmes s’approche à peu près d’un zéro pointé. Elle est dangereuse l’introspection quand elle n’est pas ce que l’on a trop tendance à penser d’elle : une simple pensée de soi. Elle est plus que cela, elle est une pensée de tous les instants, une pensée de toute chose avec soi et en cela elle est une action palpable, ayant des conséquences minute par minute. Elle est dangereuse l’introspection et elle peut mener à l’envie d’en finir, d’exécuter enfin ce bourreau malfaisant incapable d’absorber ses propres menaces, cet être aveugle occupé à chercher des coupables tout en infligeant aux plus innocentes créatures les pires tortures : abandon, indifférence, rejet, accusation, agression, déni. Voilà ce que nous révèle l’introspection, que nous ne sommes pas mieux que les pires, que nous étions seulement plus discrets à nos propres yeux et qu’être bien vus ne suffit plus à l’affaire. L’envie de mourir devient alors un réflexe naturel possédant les effets apaisants de l’ardoise magique. L’envie de mourir, mais pas la mort. L’envie de mourir est une excuse pour vivre, elle redonne la force de vivre. Elle dit tout bas : inutile de mourir de honte ou de culpabilité, mourir ainsi reviendrait à valider la bêtise et l’ignorance dans laquelle nous nous sommes si longtemps attardés, il faut avoir envie de mourir pour ressentir enfin la modestie et espérer qu’elle nous guide sur des chemins plus généreux faisant de nous des individus à la fois plus forts et plus doux. Faire le deuil de soi-même, pour renaître. Il faut savoir survivre et non résister au travail de l’introspection et c’est à cela que je m’attache aujourd’hui avec beaucoup d’espérance.
Je dédie cette pensée à tous ceux qui ont le courage de se faire « mal voir ».
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